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La pariétaire, la mauvaise herbe qui lavait les bouteilles

Usages anciens 4 min de lecture
Pariétaire, l'herbe à bouteille

L'herbe à bouteille : une mauvaise herbe qui avait un vrai métier.

Elle pousse au pied des vieux murs, entre deux pierres, dans les fissures des trottoirs, bref partout où rien ne veut pousser. On passe devant sans la voir. Et pourtant, nos ancêtres la cueillaient pour un usage très précis : laver les bouteilles.

Ce n'est pas un hasard si l'une de ses espèces, Parietaria officinalis, porte encore le surnom d'« herbe à bouteille ». Avant d'être une herbe qu'on arrache, la pariétaire était un produit ménager. Gratuit, livré devant la porte, et sans emballage plastique.

Une plante des vieux murs

Les pariétaires sont de la même famille que les orties, les Urticacées. Bonne nouvelle : elles ne piquent pas. Elles ont pris le côté discret de la famille, pas le mauvais caractère.

On en croise surtout deux en France :

Le nom dit tout : Parietaria vient du latin paries, le mur. Une plante assez banale, donc. Mais autrefois, cette banalité était justement son atout : elle poussait à portée de main. Un peu comme si les éponges poussaient au jardin. (Oui, je sais, ça existe, ça s'appelle la courge éponge. Mais elle ne pousse pas entre deux pavés.)

Pariétaire poussant au pied d'un vieux mur de pierre
Fidèle au poste au pied des vieux murs, là où personne ne pense à regarder.

L'ancêtre du goupillon

Avant les goupillons, les détergents et les lave-vaisselle, nettoyer l'intérieur d'une bouteille n'avait rien d'une partie de plaisir. Soyons honnêtes : même aujourd'hui, ce n'est pas gagné.

La pariétaire offrait une solution d'une simplicité presque vexante. Un texte publié en 1841 raconte qu'un médecin militaire a vu un soldat récurer avec cette plante une bouteille qui avait contenu de l'huile. Intrigué par le résultat, il a voulu essayer lui-même. La méthode : quelques feuilles dans la bouteille, un peu d'eau, et on secoue. C'est tout.

La plante servait aussi à nettoyer et faire briller le verre, les miroirs et divers ustensiles. Et le même texte précise que l'astuce n'avait rien de nouveau en 1841. Jusqu'au milieu du XXe siècle, les manuels ménagers se la repassent d'ouvrage en ouvrage : pour laver les bouteilles, rien de tel que la pariétaire.

Pourquoi ça marche ?

La pariétaire n'était pas qu'une poignée de feuilles jouant les brosses de fortune.

Ses feuilles ont une surface légèrement rugueuse. Secouées avec de l'eau dans une bouteille, elles frottent contre les parois et décollent les dépôts.

Et il y a peut-être un petit coup de pouce chimique en prime. La pariétaire est riche en potassium et en sodium, les mêmes éléments qu'on trouve dans la cendre ou les cristaux de soude, utilisés autrefois pour laver.

Le goupillon et le liquide vaisselle : un 2 en 1, la pariétaire !

Un usage bien plus ancien

L'histoire ne commence pas au XIXe siècle. Des textes arabes médiévaux, étudiés par les chercheurs David Iluz et Zohar Amar, montrent qu'on utilisait déjà Parietaria judaica au Moyen Âge, en Palestine et en Syrie, pour nettoyer le verre. Le savant Al-Biruni la mentionne pour nettoyer les miroirs, les objets en verre et les bouteilles.

Voilà donc une « mauvaise herbe » que tout le monde ignore aujourd'hui, et qui a fait le ménage pendant près de mille ans.

Peut-on essayer aujourd'hui ?

Le principe historique est simple :

1

On met quelques feuilles de pariétaire dans la bouteille.

2

On ajoute un peu d'eau.

3

On ferme et on secoue vigoureusement.

4

On retire les feuilles et on rince.

C'est surtout une jolie expérience pour retrouver un geste ancien. Pour une bouteille qui accueillera des aliments ou des boissons, on termine quand même par un vrai lavage. Le charme de l'histoire ne remplace pas l'hygiène.

Attention

Le pollen de pariétaire est l'un des plus allergisants qui soient, surtout dans le Sud de la France. Si vous êtes sensible au rhume des foins, cueillez avec des gants et évitez la période de floraison.

Une plante à regarder autrement

C'est tout le charme de ces vieux usages. Là où nous voyons une herbe entre deux pierres, que la plupart d'entre nous seraient bien incapables de reconnaître, les anciens voyaient une ressource gratuite, utile et disponible juste devant leur porte.

Son surnom d'« herbe à bouteille » prend alors tout son sens. Une petite plante des murs, un geste presque oublié, et zéro produit ménager à acheter. Exactement le genre d'astuce qui méritait de sortir des vieux livres.

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