Cette année, mon framboisier a tout pris. Plusieurs canicules, un épisode de grêle, des feuilles trouées, des framboises toutes petites, rabougries, parfois même toutes blanches.
Une punaise piqueuse-suceuse rôde bien dans le coin, une Corée marginée. Mais elle ne peut pas être la seule responsable. Et honnêtement, elle n'est probablement même pas la principale : cette punaise se nourrit surtout d'oseilles, de rumex et de renouées. Sur un framboisier, c'est en général une visiteuse de passage plutôt qu'une véritable ravageuse.
Des framboises blanches et dures
Le premier suspect, c'est la chaleur et le soleil direct. Après plusieurs épisodes de forte chaleur, les fruits exposés peuvent blanchir ou se dessécher.
Dans ce cas, inutile de chercher un insecticide. Ce qui aide surtout, c'est :
- maintenir une humidité régulière au pied ;
- arroser profondément plutôt que superficiellement ;
- pailler pour garder le sol plus frais ;
- prévoir un peu d'ombre, si le problème revient chaque été.
Un voile léger ou une ombre partielle peuvent parfois faire une vraie différence.
Une punaise piqueuse-suceuse
Ces punaises possèdent un rostre qui leur permet de piquer les tissus végétaux et d'en aspirer le contenu. Elles peuvent abîmer certaines framboises.
Mais si vous en voyez une ou deux, inutile de sortir immédiatement un traitement. Je préfère commencer par quelque chose de beaucoup plus simple : les ramasser à la main. On inspecte régulièrement les fruits et les feuilles, on retire les individus présents, et on enlève les fruits vraiment abîmés.
Tant que l'attaque reste limitée, cela peut largement suffire. On lit souvent que ces punaises fuient l'ail. C'est une astuce de jardinier qui circule beaucoup, mais que je n'ai jamais vue démontrée sérieusement. À tenter si le cœur vous en dit, sans en attendre de miracle.
Des feuilles trouées
Là, il faut éviter de conclure trop vite. Un trou dans une feuille ne signifie pas automatiquement qu'un insecte l'a mangée.
Chez moi, il a aussi grêlé. La grêle peut perforer, déchirer ou meurtrir les feuilles, parfois de manière assez spectaculaire.
Après la grêle, ne pas surcorriger
Il n'y a rien à faire. On laisse les feuilles encore fonctionnelles en place et on retire seulement celles qui sont très abîmées, complètement desséchées ou en train de se décomposer. Le framboisier a encore besoin de ce qui lui reste de feuilles pour récupérer.
Et si les trous viennent vraiment d'insectes ?
Certains trous ont des bords franchement grignotés. Là, il vaut mieux regarder de près :
- dessous des feuilles ;
- jeunes pousses ;
- pétioles ;
- zones cachées dans le feuillage.
Cherchez chenilles, larves ou petits coléoptères. Première étape, toujours la même : les ramasser à la main, de préférence tôt le matin quand ils sont encore engourdis.
Ensuite, ça dépend de ce que vous trouvez.
Des chenilles. Le Bacillus thuringiensis est la solution naturelle qui fonctionne réellement. C'est une bactérie autorisée en agriculture biologique, qui ne s'attaque qu'aux chenilles et laisse tranquilles les abeilles et les auxiliaires. On pulvérise en soirée, sur feuillage sec.
Des pucerons ou des insectes à corps mou. Le savon noir dilué, pulvérisé le soir, suffit dans la plupart des cas. Il agit par contact, donc il faut viser le dessous des feuilles.
Des coléoptères adultes. Là, il faut être honnête : aucune préparation naturelle n'est vraiment efficace. Le ramassage manuel reste la meilleure option, éventuellement complété par un filet anti-insectes si l'attaque revient chaque année.
Quant aux purins de fougère ou de tanaisie, souvent cités, leur efficacité réelle est très discutée. Je n'en ferais pas ma première ligne de défense.
Et la terre de diatomée ?
On la voit partout, et elle fonctionne vraiment : ses particules abrasives rayent la carapace des insectes, qui se déshydratent.
Mais elle ne fait aucun tri. Elle tue les coccinelles, les syrphes et les pollinisateurs aussi sûrement que les ravageurs. Sur un framboisier en fleurs ou en fruits, je m'en passe.
En barrière au sol contre les rampants, à la rigueur. Jamais sur le feuillage. Sans compter qu'elle devient inactive dès la première pluie, et qu'il faut un masque pour l'appliquer.
Et dans tous les cas, avant de pulvériser quoi que ce soit sur un plant déjà mal en point : une attaque limitée sur un framboisier fatigué ne justifie pas forcément un traitement. Parfois, ne rien faire est la bonne décision.
Feuilles tachées puis trouées
Certaines maladies foliaires peuvent également provoquer des taches qui finissent par se dessécher et tomber, donnant ensuite un aspect troué.
Si les feuilles présentent des taches brunes, grises ou pâles avant de se perforer, mieux vaut :
- retirer les feuilles très atteintes ;
- éviter de mouiller inutilement le feuillage ;
- améliorer l'aération entre les cannes ;
- ne pas laisser de débris malades s'accumuler au pied.
Là encore, tous les trous n'ont pas la même origine.
Après plusieurs canicules : remettre de l'eau dans le système
Après des semaines de chaleur, le problème principal peut simplement être un framboisier épuisé. Les framboisiers aiment les sols frais et supportent mal les longues périodes de sécheresse.
À cette période, je privilégie donc un arrosage moins fréquent mais généreux, afin que l'eau descende réellement jusqu'aux racines.
« Le but n'est pas de garder la surface humide en permanence. Le but est d'éviter que toute la zone racinaire sèche complètement entre deux arrosages. »
Pailler maintenant
Le paillage est probablement l'un des gestes les plus intéressants. Une couche de matière organique au pied aide à :
- limiter l'évaporation ;
- garder le sol plus frais ;
- réduire les variations brutales d'humidité ;
- protéger progressivement la structure du sol.
Compost grossier, feuilles mortes, paille, broyat... On évite simplement d'accumuler le paillis directement contre les tiges.
Faut-il fertiliser ?
Pas forcément. Un framboisier déjà stressé par la chaleur, la grêle et les attaques n'a pas besoin qu'on lui demande immédiatement de produire une nouvelle croissance à toute vitesse.
Je préfère un apport modéré de compost mûr en surface plutôt qu'une grosse dose d'engrais azoté. Le but est d'aider le sol et les racines à récupérer, pas de forcer le plant.
Faut-il tailler ?
Là encore : doucement. On peut supprimer :
- les cannes clairement mortes ;
- les parties cassées ;
- les éléments très malades ;
- les fruits desséchés restés accrochés.
Mais je ne ferais pas une taille sévère simplement parce que le framboisier paraît fatigué. Après un été difficile, il a surtout besoin de récupérer.
Et pour l'année prochaine ?
Si le problème se répète chaque été, il faut peut-être corriger les conditions plutôt que le framboisier. Je regarderais surtout :
- L'exposition. Si les fruits grillent chaque année en plein après-midi, un peu d'ombre peut aider.
- Le sol. S'il sèche très vite, davantage de matière organique et un paillage plus épais peuvent améliorer la situation.
- L'arrosage. Mieux vaut éviter les longues alternances entre sécheresse totale et gros apport d'eau.
- La circulation de l'air. Un framboisier trop dense peut favoriser certains problèmes foliaires.
Tous les dégâts ne viennent pas du même endroit
Et c'est bien pour ça que je ne vais pas chercher un traitement unique qui réglerait tout.
Je vais plutôt faire ce qui me paraît le plus logique : ramasser les insectes, retirer ce qui est réellement fichu, arroser correctement, pailler et laisser le plant récupérer.
Parce qu'après un été pareil, ce dont il a probablement le plus besoin, ce n'est pas d'un traitement supplémentaire. C'est d'un peu de calme.


